lundi 25 juillet 2016

Nouveau débarquement de La Compagnie des Indes

Les vieux galions de La Compagnie des Indes ont de nouveau jeté l'ancre dans les ports Français et viennent ajouter une flopée de nouvelles références à une gamme déjà très fournie.
Bien sûr seuls les blends (assemblages) Caraïbes, Latino, Jamaïca et Jamaïca Navy Strength restent en permanence disponibles, les Single Cask (Fût unique) étant forcément voués à disparaitre plus rapidement puisque de fait leur tirage tourne en général autour des 300 bouteilles. Mais la Compagnie ne nous laisse jamais en plan grâce à ces sorties régulières. Pour les fans, des éditions spéciales sont réservées à d'autres marchés comme le Danemark par exemple. Elles deviennent des perles rares et les proies des chasseurs de belles quilles. Pour vous donner une idée de cette diversité et voir comme on se perd déjà dans la foule de bouteilles qui ont été proposées par la jeune marque née en 2014, jetez un œil à l'excellent site de recensement (et pas que) Référence Rhum : http://www.reference-rhum.com/Compagnie-Des-Indes

Toutes ces bouteilles sont nées de la volonté du créateur de la marque de montrer toute la diversité du rhum, en essayant de retranscrire dans les choix proposés les caractéristiques propres à chaque origine et même à chaque distillerie de cette origine. C'est pour cela que ces single cask  ne sont en aucun cas altérés (ni sucre, ni coloration, ni arômes ajoutés), simplement réduits au besoin par les soins de la Compagnie. Avec cette volonté viennent celles d'éducation et de transparence car sur les étiquettes figurent les informations primordiales que sont les dates de distillation et d'embouteillage ainsi que la distillerie d'origine.
Si je peux émettre une petite suggestion, le top serait d'indiquer le nombre d'années de vieillissement tropical puis de vieillissement continental afin d'apprécier l'influence de ces paramètres en comparant par exemple deux bouteilles de la même origine qui auraient subi des étapes de vieillissement différentes.

Il y a aussi de la diversité dans les choix d'embouteillages (blends, single cask, bruts de fût, finitions etc) et dans les sélections très rares sous nos latitudes comme le single cask Indonesia qui est en fait un Batavia Arrack, un rhum de mélasse distillé en alambic à repasse sur l'île de Java pour lequel on utilise une variété de riz rouge afin de démarrer la fermentation. Ce Batavia Arrack est également utilisé dans le nouveau blend Tricorne, ce qui vient ajouter la corde de l’expérimentation à l'arc des passionnés de la Compagnie, quel boulot depuis 2014 !

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En guise de mise en bouche nous allons goûter un blend CARAÏBES (40%). Composé de 25% de rhum de la Barbade (colonne vertébrale du rhum), 50% de Trinidad et 25% de Guyana. Ici pas de fût unique mais un assemblage de rhums "en vrac" réalisé en France. 


Le nez est plaisant, léger et s'ouvre sur de la mélasse, des épices (vanille, cannelle, girofle, poivre doux), un boisé légèrement toasté. Un peu d'alcool vient ensuite, fruité, qui fait penser à une confiture de fruits rouges (cerise, fraise, framboise). A l'aération il se fond en caramel, confiture de lait, et m'a rappelé la sensation du beurre fondu sur un épi de maïs grillé.

En bouche c'est très rond et gourmand, pas forcément complexe, il est à noter que 15 grammes de sucre de canne bio ont été ajoutés à chaque litre. On a ensuite de la banane et un caramel un peu brûlé. La vanille prend nettement le pas et nous mène à une longueur un peu poivrée, pas de brûlure de l'alcool mais un goût un peu éthéré persiste.

Ce rhum est une introduction à la gamme, il est facile et rond mais on a envie d'aller plus loin.


Avant d'aborder les single cask, voici une création tout à fait intéressante :


DOMINIDAD 15 ans Small Batch (43%)

Il ne s'agit pas d'une nouvelle île ni d'un territoire pirate oublié mais d'un assemblage d'un fût de République DOMINIcaine et de deux fûts de TriniDAD (Trinidad Distillers Ltd) qui sort à 1205 bouteilles. Pour la petite histoire La Compagnie des Indes devait embouteiller le fût de République Dominicaine seul mais au moment de le réduire pour le mettre en bouteille, ils l'ont trouvé trop sec et bien trop épicé, ils ont donc décidé de créer ce premier small batch, réalisant un assemblage avec un rhum plus en rondeur (les fûts de Trinidad étaient très ronds, sur le fruit.).

Le premier nez de ce rhum est assez classique, rond, sur le caramel, la mélasse, la cannelle, il est légèrement confit, miellé, flatteur, on pourrait dire que l'on est plutôt sur la partie dominicaine. 
Quelques tours de verre viennent chambouler tout cet équilibre, le rhum se durcit nettement, il est beaucoup plus vif, floral, poivré, puis fumé. Cette révélation surprend et suscite l’intérêt, et cela continue avec un côté métallique qui devient pétrole, goudron, graisse de moteur. J'apprends à cette occasion que ces arômes ne sont pas réservés qu'à Caroni et font vraiment partie de l'identité Trinidadienne. Cela s'apaise peu à peu et se transforme en pâte de coing, puis avec une longue aération un côté acidulé apparait, pour arriver ensuite sur des notes de réglisse, herbacées, médicinales. Le tout finit par s'arrondir à nouveau et laisse apparaitre du boisé. 

C'est un rhum qui a besoin de temps pour arriver à l'équilibre, mais on aime être chahuté pendant le voyage !

L'entrée en bouche quant-à elle est assez douce, on reste sur un esprit whisky, salé sur le bout de la langue. Ensuite il y a toujours une petite pointe métallique, puis herbacée et enfin de la chaleur avec des fruits cuits, du pruneau, de la réglisse. 

La longueur est assez jolie, on pense à un whisky fumé agrémenté de réglisse.

J'ai aimé sa complexité, ses phases successives, le mariage est intéressant et je le conseillerais plutôt en digestif car il marque bien la bouche. 

Démarrons la série des single cask avec le BRAZIL 16 ans (Oct 1999 - Avr 2016) 42%

Ce rhum est issu de la distillerie Epris, près de São Paulo, producteur de cachaça, de rhum mais aussi de riz fermenté en tant que matière première pour le vinaigre et le saké.

S'agit-il d'une cachaça ou d'un rhum ? Eh bien c'est à vous de voir car cela est assez compliqué au final. On m'a indiqué qu'il s'agissait bien d'une cachaça mais je me suis quand même posé des questions, non pas que je mette en doute la bonne foi de l'embouteilleur, mais parce que la définition de la cachaça est parfois un peu floue. 

Je pensais que la cachaça était forcément issue d'une distillation de pur jus de canne en une seule passe en alambic, mais il existe des cachaças distillées en continu (en colonne), à partir de pur jus ou de miel de canne (pur jus réduit). On peut alors généraliser et décider que tout ce qui vient du Brésil est une cachaça. Ou alors on peut se rapporter à des données plus techniques comme le taux d'alcool en sortie de colonne qui en théorie ne doit pas dépasser les 54% pour la cachaça. Tout ce qui serait distillé au-delà de ce taux l'alcool serait alors du rhum. Un Brut de Fût de 13 ans à 47,7% est sorti chez l'embouteilleur L'Esprit il y a quelques temps. S'il a vieilli en majorité en climat continental avec une petite part des anges alors peut-être que le distillat de base ne comptait pas plus de 54% d'alcool. Alors allons pour la cachaça, surtout qu'il ne s'agit pas d'une question de valeur ou de noblesse entre les deux eaux-de-vie de canne. 

Ce Brazil est très original et singulier, c'est mon préféré de la série. 

Au départ son nez est assez jeune, avec un boisé plutôt vert et végétal avec des épices comme l'anis, le curry, la cardamone et la muscade. Ces épices sont vives et fraiches et sont vite rejointes par le bâton de réglisse et la menthe poivrée. Quelques notes herbacées s'en suivent et laissent place à un boisé je dirais "à la Reimonenq", sur le noyau de cerise qui tire sur l'encaustique. Ce nez est superbe, très vivant, à l'ouverture on a de l'ananas bien frais, de la canne et de l'écorce d'orange. J'ai passé un bout de temps au dessus du verre, à l'affut de tout ce que ce nez frais, riche et vif pouvait proposer, puis me suis finalement décidé à y tremper les lèvres.

L'entrée en bouche rappelle le joli boisé évoquant le noyau de cerise avec du pruneau et de la réglisse, réglisse qui finit par prendre beaucoup de place tout en restant fraiche, faisant penser au bâton que l'on machouille plutôt qu'à la sucrerie enroulée. Décidément on a du mal à se départir de cette réglisse car on pense ensuite tour à tour au zan puis à l'antésite, où se mêlent menthe et autres plantes.

Le final est moyennement long, dépouillé de toute cette réglisse, reste un goût agréable de rhum tout simplement.

Direction la Jamaïque maintenant avec le HAMPDEN 15 ans (Sep 2000 - Avr 2016) 43%


La distillerie Hampden est l'une des trois seules distilleries au monde (avec Savanna sur l'île de la Réunion et la sucrerie du Galion en Martinique) à produire du rhum "grand arôme", c'est-à-dire un rhum de mélasse fermenté spécialement et plus longtemps que les autres afin de développer une concentration extrême d'arômes. Ils sont destinés à booster le caractère des assemblages de rhums, à l'agro-alimentaire (vous voyez le goût de la glace rhum-raisin ?) et même à la parfumerie. 

Ici pas de grand arôme mais un rhum tout de même généreux, sans le côté vernis que l'on retrouve dans beaucoup de Jamaïcains. 

Le premier nez est plutôt léger dans le sens peu profond. Il est cependant intense avec des premières vapeurs d'alcool habillées de banane et d'ananas. Un registre plus confit entre ensuite en scène avec des fruits secs, du raisin, des fruits confits. Il offre une palette assez complète avec des notes subtiles de canne, une légère olive, un bois humide, les parfums se développent et deviennent de plus en plus gourmands, avec de la pâte d'amande. L'équilibre du registre confit et de la canne s'établit, la force alcoolique est bien réglée, pas de brûlure, c'est top ! 
Il évolue sur quelque chose de très sucré, bubblegum, sucre d'orge ou encore pomme d'amour et finit par s'épaissir, devenant plus tropical encore avec de la papaye très mure et un ananas flambé.

En bouche on a de l'épaisseur aussi, on pense à une eau-de-vie de prune, un mélange de fruits exotiques. Un goût de tabac s'installe sur les papilles et on sent un léger fumé, un bois bien brulé en milieu de bouche.

La finale, moyennement longue, s'étale sur les fruits à coque torréfiés, le café, toujours ce côté brulé, sucré comme une barbapapa et laisse une certaine amertume qui accroche un peu comme une petite peau de cacahuète grillée.

En résumé voila un rhum bien gourmand, sans le côté extrême souvent associé à la Jamaïque, la réduction à 43% a été très bien effectuée à mon avis, le résultat étant suffisamment complexe et plaisant. 

Il existe déjà énormément d'embouteillages de rhums du Guyana mais il faut bien dire qu'on ne s'en lasse pas ! Pour notre plus grand plaisir, messieurs dames, non pas un mais deux Demerara !

Tout d'abord un DIAMOND 12 ans (Déc 2003 - Avr 2016) 45%

Ce rhum provient de la maison mère Diamond Distillers Ltd à Georgetown, qui concentre les alambics de légende des distilleries aujourd'hui fermées de la région du Demerara. Distillé sur la colonne en métal originelle de la distillerie Diamond, il a un profil qui s'approche pourtant des distillats de l'alambic Enmore, au même titre que le Diamond 2003 de Rum Swedes, mais voyez plutôt :


Sans laisser au rhum le temps de s'aérer et en passant le nez juste après l'avoir versé, un souvenir olfactif très précis et somme toute assez personnel revient : le tube de pâte à ballon, celle que l'on souffle au bout d'une sorte de bâton de sucette. C'est assez régressif et ça tient de l'anecdote mais c'est tout à fait ça ! 
Alors on lui laisse tout de même cinq minutes le temps de se débarrasser de ce côté solvant un peu agressif et on tombe dans un bon bain de mélasse, café, vanille qui devient plus sec avec de la noisette, de la noix et quelques fruits secs plus discrets. Ce nez que l'ont connait bien avec cette origine marche toujours aussi bien. Les fruits secs s'installent un peu plus avec de l'abricot par exemple, puis une menthe poivrée apparait et introduit de la fraicheur, avec une noix et une noisette sèches et piquantes comme une salade de roquette avec une bonne dose de balsamique.


En bouche c'est le pruneau qui se manifeste en premier, il amène une sensation de Sherry ou de Porto avec cette petite sécheresse de la noix. Le café et la mélasse reviennent pour une finale assez courte et classique.

Ce Diamond joue la gamme du Demerara sans fausses notes mais sans grande envolée non plus, c'est qu'on devient difficile avec toutes les références que l'on a déjà !

UITVLUGT 18 ans (Oct 1997 - Avr 2016) 45%

Ce rhum distillé sur les colonnes Savalle d'Uitvlugt a vieilli en partie en fût d'Armagnac, il ne s'agit pas d'un finish mais d'une véritable double maturation, voyons le résultat de l’expérience !   

Au départ le nez ne fait apparaitre aucune note boisée, plutôt de la fermentation et un côté léger et floral. La poire et la prune qui arrivent ensuite sont vertes et concourent à cette impression de légèreté. Un petit "grain" épicé commence à amener de la profondeur et le bois apparait, épicé lui aussi. Celui-ci prend de la force au fur et à mesure jusqu'à trancher franchement, donnant une impression de bois neuf, jusqu'à la sciure, avec un côté poussiéreux. 
En évoluant, ce nez s'équilibre grâce à l'intervention de la pâte d'amande.

Toujours léger en bouche, une touche métallique chatouille les papilles, ce fourmillement laissant place à une compotée de fruits des plus agréables, pleine et gourmande. 



Le final est un peu sucré et asséchant, sur la cassonade brulée, la mélasse, et s'étend en longueur tout en gourmandise et en notes pâtissières sur un bon moment.

Je suis assez partagé sur ce rhum qui bien qu'offrant une longueur vraiment délicieuse venant rappeler un milieu de bouche compoté, me laisse quand même une impression générale de pâleur. Il est vrai que je suis amateur de rhums gourmands et chauds. Pour autant je ne suis pas contre un rhum plus léger, plus vif ou sec mais il faut que l'attaque soit vraiment saisissante et envahissante, ici cela m'a manqué.

Et nous terminerons cette jolie séance de dégustation par un bon vieux Brut de fût (embouteillé au taux d'alcool de sortie de fût, sans réduction préalable donc). Les bruts de fût ont l'avantage d'être plus concentrés en arômes car non dilués à l'eau. Leur taux élevé d'alcool permet également de mieux diffuser les saveurs en bouche, plus intensément. L'inconvénient est évidemment que l'alcool se fait souvent d'avantage présent, ce sont donc des rhums qui demandent un peu d’expérience et quelques dizaines de minutes d'aération dans le verre avant dégustation. Revenons donc à Trinidad et Tobago, chez Trinidad Distillers Limited qui est à la distillerie à l'origine des rhums Angostura, et du fameux rhum épicé Kraken.

TRINIDAD 16 ans (Fév 2000 - Avr 2016) Cask Strenght - 63%
 
Dans les premiers temps le nez est assez classique, on ne note pas de brûlure particulière due au fort degré. On retrouve les notes typiques du rhum que sont la mélasse, le caramel, le bois toasté, la vanille, puis un côté cire d'abeille. 
Lorsque l'on agite le verre il faut alors humer avec plus de précaution car la puissance commence à se manifester, produisant des notes pétrolières, d'huile ou de graisse de moteur, non sans rappeler la célèbre distillerie de Caroni de la même île. Ce registre, quand on prend en compte un côté fruité sous-jacent, peut tout aussi bien se rapprocher de la pâte ou de la confiture de coing, curieusement proches de ces notes goudronnées.
Ensuite le boisé se pose, net et précis, puis s'ouvre sur une impression de fraicheur, de baies, de myrtilles encore perlées de rosée.
Le registre du goudron et des hydrocarbures est toujours présent au premier plan mais il est très intéressant d'aller voir comme il peut de fondre en autre chose de plus fruité et frais.

La bouche est pleine et intense comme on peut s'y attendre, mais l'alcool est bien intégré et ne prend pas le pas sur les arômes "animaux" qui arrivent en masse, beaucoup de cuir, de caoutchouc brûlé, toujours cette pâte de coing et puis du chocolat noir mêlé de piment. C'est vraiment excellent en bouche, intéressant car varié, riche mais pas écœurant. La finale est moyennement longue, sur la noisette, et des fruits exotiques persistent un bon moment.

Une fois de plus le choix du brut de fût fonctionne très bien, ce rhum évolue durant la dégustation qui mérite de s'étaler dans le temps car on ne s'ennuie pas une seconde.

jeudi 14 juillet 2016

Interview : Freddy Lucina de la cave A'rhûm


Il y a cinq ans, lors d'une virée parisienne estivale avec mon ami Juju, nous sommes passés par cette toute nouvelle adresse consacrée exclusivement au rhum. En passant la porte pour la première fois, emplis de certitudes depuis nos voyages en Martinique, nous découvrions qu'il y avait du (bon) rhum en dehors des Antilles Françaises. Nous avons commencé par faire un tour du monde lors de la présentation de la boutique, guidés par le tour operator Freddy. S'en est suivie une dégustation éducative avec trois rhums très éloignés les uns des autres et voila, nous étions piqués par le virus. Après avoir collectionné les rhums de l'île aux fleurs pendant quelques années, un horizon très vaste s'ouvrait à nous, qui n'aurait que notre curiosité comme limite.

Cette adresse a donc une valeur particulière pour moi car c'est là que ma passion s'est intensifiée, la passion et le goût du partage du patron et de ses collaborateurs faisant toujours l'objet d'échanges très enrichissants.

A l'approche de l'anniversaire de la boutique la semaine prochaine j'ai posé quelques questions à Freddy pour parler passé, présent et futur :

Qu'est-ce qui t'a amené au rhum ?

Originaire de la Guadeloupe et mon père de l'île de Marie-galante, j'ai passé toutes mes vacances scolaires sur cette petite île magnifique.
Mes défunts grands parents, propriétaires d'un petit domaine à côté de la distillerie Bielle produisaient de la canne pour la revendre à cette dernière.
Quelques membres de ma famille on repris l'exploitation de ce domaine pour poursuivre un peu la production de canne et la culture de quelque fruits et légumes pour leur consommation personnelle.
J'ai vu pendant des années fumer la distillerie Bielle, pu sentir très tôt les arômes de canne, de bagasse, de fermentation...
Au fur et à mesure que je grandissais j'ai pu découvrir les plaisirs des produits grâce à mon père, qui apprécie les bonnes choses et les bons produits. Il a toujours fait découvrir cette culture Marie-Galantaise du rhum à tous ses amis antillais ou métropolitains.
De par mon parcours professionnel atypique, je n'étais pas destiné a travailler dans le rhum. Issu du monde la menuiserie et ayant travaillé 11 ans dans les magasins de bricolage j'ai choisi de me réorienter professionnellement. C'est donc tout naturellement dans l'univers de ce spiritueux, qui a longtemps bercé mon enfance, que je me suis dirigé.

Peux-tu nous raconter l'histoire d'A'rhûm ? 

La passion est, avant tout, ce qui nous a permis d'ouvrir cette boutique. Il y a 5 ans, on entendait peu parler d'espaces dédiés au rhum, même après l'ouverture de la boutique du 6ème. Ainsi, en quête de références de rhum de mon île en France métropolitaine, je n'ai pu m'empêcher de faire le constat que de nombreuses personnes étaient à la recherche de rhum non seulement en France mais aussi dans différentes régions du monde.
A'rhûm a donc vu le jour grâce à la passion d' Éric Valette et moi même, pour le plaisir de partager notre amour du produit.
Nous avons rencontré pas mal de difficultés pour trouver un local, pour avoir notre prêt car les banques ne croyaient pas en notre projet. Une boutique mono-produit qu'est le rhum leur paraissait bizarre. Sur le marché on trouve des caves à vins, à champagne, à whisky et autres mais s'agissant de rhum, ils étaient perdus car pas d'éléments référents.
Nous avons mis 2 ans avant que le projet sorte de terre le 20 Juillet 2011.

Est-ce que tu as goûté tous les rhums de ta boutique ? 

Aujourd'hui j'ai gouté à peu près 85% de la boutique et un peu plus de 50% sont mémorisés sur les grandes lignes du produit, sur le côté sec ou sucré, les grandes lignes d'arômes...

Quels sont tes goûts personnels ? 

Je n'ai pas de goût arrêté, j'aime tout...

Quels sont tes coups de cœur récents ? 

L'édition limitée spéciale A'rhûm, le Trois Rivières 1970, l'Appleton 21, El pasador de oro, mais je ne puis me limiter qu'à ces quelques produits cités vite fait, il y a trop de bons produits dans le monde du rhum pour se restreindre.

Quels rhums conseilles tu à un néophyte ? 

Il faut boire de tout et pas que du rhum pour éduquer son nez et son palais. Enfin il faut se laisser le temps d'évoluer dans le monde du rhum.

Quels sont tes best-sellers ? 

El pasador, Pampero , Reimonenq en vieux, La Favorite en blanc et plein d'autres.

Quels sont les rhums les plus appréciés lors de tes cours de dégustation ? 

Toute la sélection en général, car les personnes se concentrent sur le voyage du palais avant tout.

Est-ce que tu as un profil type de client ? 

Hé non , nous avons autant d'hommes que de femmes et de toutes les tranches d'âge.

As-tu vu les connaissances de tes clients évoluer ? 

Bien sûr et il ne sont pas les seuls à évoluer, car moi aussi je m'améliore au fur et à mesure des années.

Où est-ce que tu déniches tes rhums les plus confidentiels ? 

Secret, certaines choses demandent à ne pas être dévoilées.

Après la réussite du single cask Belize avec Fair, est-ce qu'il y a d'autres projets dans les cartons ?

Oui en effet des projets sont dans les cartons. Rendez-vous pris pour le jeudi 21 juillet 2016 pour une dégustation spéciale sélection A'Rhûm.

Que penses tu de la hausse des prix généralisée ? 

Pour être franc, je trouve cela absurde, mais bon les distilleries sont maîtres de leur destin.
Je pense que certaines distilleries pensent mettre de l'or en bouteille et s'enflamment trop vite sur des produits qu'ils estiment magnifiques et qui cependant sont médiocres.

Comment vois tu le futur du rhum ? 

Je ne suis pas devin, mais mal s'ils font trop flamber les prix ; bien si nous avons de nouveaux embouteilleurs à l'instar des Bienheureux  qui nous créent des trésors avec un très bon rapport qualité-prix.

Merci Freddy et joyeux anniversaire !

A'rhûm -  34 Rue du Grenier Saint-Lazare, 75003 Paris
http://www.arhum.fr/ 

lundi 27 juin 2016

Le plus beau bar du monde ! Le Rum House Prague


Premier point touristique dans la vie de ce blog : Prague. Fin avril ma compagne et moi avons décidé de nous offrir un petit weekend romantique dans la ville aux 100 clochers, capitale de la République Tchèque, de la Bohème...et du rhum !


Alors petits conseils aux voyageurs :

- En plein printemps il peut y neiger et y cailler sévère, prévoyez une petite laine, si si je vous assure.. 
- Préférez la bière à l'eau car elle y coûte deux fois moins cher, quand on est économe et qu'on aime le houblon c'est quand même génial.
- N'essayez pas d'apprendre le Tchèque, c'est impossible, contentez vous de Bonjour, Au revoir, Merci, S'il vous plait (bon courage avec ça déjà)
- Quand vous en aurez marre du Goulash et du genou de porc n'hésitez pas à fréquenter les restos végétariens, ils sont très cool et rafraichissants.
- Attardez vous plutôt dans les hauteurs de la ville, moins denses en touristes (C'est assez drôle les touristes qui se plaignent de leurs congénères, "rien à voir, nous, nous sommes des voyageurs éclairés, le sac banane c'est juste pratique c'est tout").
- Et surtout ne ratez pas le bar Rum House (








J'ai posé quelques questions à Milan, le patron, qui vous l'aurez compris est un passionné et aussi un pionnier dans un pays qui au départ n'évoque pas forcement la canne à sucre mais plutôt la betterave.


1. D’où vient ta passion pour le rhum ?

Il y a 7 ans le rhum a commencé à prendre de plus en plus de place dans mon ancien bar et j’ai été progressivement passionné par son histoire. Pour moi, le rhum c’est les Caraïbes, la mer chaude, les belles femmes...
Je cherchais un nouvel espace assez grand et un bon emplacement et j’ai trouvé un bar classique qui servait des bières et des spiritueux traditionnels allant du Metaxa (Spiritueux Grec ndlr) au Ballantines, les seuls rhums représentés étaient Havana Club, Bacardi et Captain Morgan. Quand j’ai repris l’endroit en 2010 j’ai décidé de démolir le bar d’origine pour en ouvrir un nouveau consacré exclusivement au rhum. Au départ il y avait environ 250 bouteilles, et nous en sommes à environ 1000 aujourd’hui. Je dois dire que rhum est comme une drogue pour nous, dès que je vois une nouvelle bouteille il faut que je l’aie !

 

2. Comment as-tu construit la décoration du bar ? 

J’aime le bois dans un bar, je veux qu’il soit chaleureux et confortable. La lumière tamisée et la musique Caribéenne font que les clients sont sentent à l’aise comme dans un salon.

3. Comment se porte le rhum en République Tchèque ? 

Les tchèques sont friands de rhum. La plupart des gens connaissent les grandes marques commerciales mais ils apprennent peu à peu à boire de nouvelles choses et se tournent vers des rhums plus intéressants et de qualité. Nous les encourageons à aller plus loin comme nous l’avons fait et à ne pas se contenter des classiques.


4. Tu étais au Rum Fest de Prague ? Peux-tu nous raconter ? 

Le Prague Rum Fest a lieu depuis 3 ans et nous ne pouvions pas le manquer. C’est incomparable avec les autres festivals en République Tchèque, il y a un assez joli nombre de marques exposées. C’est un événement grand public, il y en a pour tous les goûts, et nous invitons les amateurs à venir au Rum House afin d’avoir aperçu encore plus large de tous les goûts différents du rhum.

 5. Organisez-vous des événements autour du rhum au bar ?

Nous organisons des dégustations publiques et aussi privées pour nos clients. Les clients participent à la sélection et nous élaborons les lineup avec eux.

6. As-tu goûté tous tes rhums ? 

Je vis une histoire d’amour avec le rhum mais aussi avec ma femme Lucia, c’est un bonheur ! Je n’ai pas tout goûté personnellement mais elle a dû goûter environ 95% de nos rhums. Elle aime le rhum, probablement encore plus que moi. Nous aimons découvrir les spécificités de chaque marque, le goût, le nez, la couleur et autres...


 

7. Certains de vos rhums m’étaient totalement inconnus, où dénichez-vous ces pépites ?

J’ai la chance d’avoir des amis et des petits fournisseurs dans le monde entier qui m’aident à trouver des bouteilles difficiles à obtenir ou très limitées. Je suis parfois le seul à les obtenir dans toute la République Tchèque. Les Tchèques commencent à aimer le bon rhum donc je ne regrette pas d’investir dans des découvertes et des tirages limités. J’achète toutes ces bouteilles par 6.

8. Quels sont vos goûts en matière de rhum ?  

Nous aimons collectionner des rhums comme Secret Treasures, Renegade, JM, Rum & cane, Caroni et les Demerara du Guyana et nous avons beaucoup de favoris. Comme dit Lucia il y a beaucoup de rhums et ils sont tous différents.

 9. Quels rhums ont le plus de succès ?  

Chez nous la plupart du temps c’est nous qui proposons nos recommandations, les gens ne savent pas à l’avance ce qu’ils vont boire. La majorité des clients préfère les rhums doux comme ceux de République Dominicaine. Mais ils sont aussi prêts à goûter de nouvelles choses, des rhums plus secs. 
 
10. Que conseillez-vous pour les clients qui ne connaissent pas le rhum ?  

Il y a des gens qui ne connaissent pas du tout le rhum car ils sont restés au Havana Club, Bacardi et autres qui sont apparus ici il y a 20 ans. Mais aujourd’hui la grande majorité des clients a au moins goûté au Zacapa ou Diplomatico, leurs goûts sont basés là-dessus et ils cherchent quelque chose de semblable. Nous essayons alors de leur révéler les centaines d’autres saveurs du produit qu’est le rhum. Nous leur proposons des choses plus fines, plus sèches ou même à l’opposé total de ce qu’ils connaissent. S’ils ont du mal à se décider, nous nous orientons en fonction de ce qu’ils boivent habituellement : vodka, whisky, gin etc et nous essayons de tomber juste sur leurs goûts.

11. Quels sont vos endroits préférés à Prague ?  

J’aime les établissements paisibles et détendus si possible avec un design en bois, j’aime aussi les cantines mexicaines ou d’inspiration industrielle. Par contre je fuis les clubs et les discothèques commerciaux qui seraient prêts à vendre n’importe quoi.

12. Je crois que vous aviez l'intention d'ouvrir un autre projet bar / restaurant, est-ce toujours d'actualité ? 

Oui je rêve d’un endroit plus grand car nous commençons à être à l’étroit au Rum House. De plus nous aimerions proposer des petits repas aux clients, une cuisine méditerranéenne légère.  Cependant, trouver un espace approprié à un endroit approprié est assez dur. Nous étudions les possibilités, les opportunités de déménagement et nous cherchons un partenaire financier, en tout cas nous ne lâchons pas l’affaire au Rum House Prague !


lundi 6 juin 2016

Soirée La Mauny à La Maison des Champs-Elysées

Merci à la La Mauny d'avoir partagé son art de vivre Martiniquais lors de cette superbe soirée. Leurs rhums ont été mis en valeur de différentes façons :

Planteur, Ti-punch, Cocktails et puis secs, accompagnés de petites pièces à base de poisson, de crustacés et de fruits bien assaisonnées et du fameux homard à la plancha !


Je retiendrai le blanc Ter Rouj qui fonctionne très bien avec tous ces mets, sûrement du fait de ses 45% et de son fruité qui accompagnent sans emporter la dégustation.


L'ambré Héritage est également intéressant car élevé traditionnellement en foudres de chêne pendant 18 mois puis passé en fûts de Porto pendant 6 mois, il est encore un peu jeune pour la dégustation pure mais fait un Ti-vieux (40%) très velouté et gourmand.




La cuvée Nouveau Monde issue d'un assemblage de millésimes prestigieux de la maison est bien entendu quant-à-elle un pur rhum de dégustation, fin, profond, tout en longueur. Ses arômes évoluent tout au long de la dégustation, le boisé est subtil, légèrement grillé, les épices sont fondues et les fruits exotiques se développent au fur et à mesure. Un rhum avec lequel on aime prendre son temps, le temps d'un cigare par exemple.

La gamme La Mauny est globalement assez douce, elle plaira au plus grand nombre car les vieux sont très séduisants (notamment le Signature dégusté également en cocktail La Mauny Sour) et les blancs et ambrés spéciaux sont très parfumés. Cependant on aimerait parfois un rhum plus franc. Le vieux "classique" a nez qui va dans ce sens, droit, boisé, épicé, sur la canne, il offre une bonne fraîcheur et les arômes sont bien identifiés mais la rondeur en bouche diminue l'intensité de l’expérience. 



J'ai pu également discuter avec Mr Daniel Baudin, maître de chais de La Mauny, Trois rivières et Duquesne, à propos de l'élaboration complexe des produits comme le Signature qui sont des assemblages de quatre types de fûts différents (Bourbon, Cognac, Mosctael et Porto). J'ai été amusé par la décontraction du professionnel qui dit en gros que ce n'était pas compliqué, qu'il n'y a finalement pas eu trop d'essais et qu'il n'était pas inquiet de la qualité de l'assemblage vu les éléments qui le composent. 


Petite astuce au passage que je partage avec vous : Lors de grosses dégustations, pour remettre le palais à zéro entre deux rhums, on connaissait la biscotte et le verre d'eau, certains le grain de café. Mr Baudin conseille quant-à-lui le verre de bière ou encore d'eau au bicarbonate. Je choisirai plus volontiers la première suggestion !


dimanche 8 mai 2016

Master Class Mount Gay


Les rhums de la Barbade sont de plus en plus appréciés des Français curieux qui souhaitent sortir de leurs habitudes agricoles. Ils sont aussi en général une façon pour ceux qui aiment les rhums sucrés, souvent de tradition Espagnole, d'explorer de nouveaux horizons et de découvrir un vrai goût de rhum, débarrassé du trop plein de sucre et de caramel qui finit par lasser même les plus gourmands.  Équilibrés, généreux et accessibles, les "Bajan rums" sont, on le dit souvent d'un point de vue purement franco-agricole, le pont entre les "rones" sucrés et les rhums agricoles des Antilles Françaises, présentés alors comme l'ultime expérience du dégustateur de rhum. De mon point de vue ce discours est quelque peu chauvin mais là n'est pas le sujet.
Malgré leurs qualités indéniables, j'ai l'impression que ces rhums ne sont pas forcement bien représentés sur les étagères des cavistes et donc dans nos bars. Sans doute un manque de promotion et peut-être un manque de sens du spectacle, une certaine sobriété qui ne serait pas appréciée à sa juste valeur dans un monde où le m'as-tu-vu fait trop souvent de l'ombre à la sagesse.

Parmi ces rhums, je ne connaissais moi-même pas bien Mount Gay, plutôt habitué aux embouteillages de la distillerie Foursquare et au Cockspur 12 qui font partie des bouteilles que je renouvelle systématiquement (malheureusement ce ne sera plus le cas pour le dernier car il a subi une belle augmentation tarifaire ces derniers mois. 15€ la nouvelle étiquette ça fait un peu cher). Cette master class était donc l'occasion rêvée de faire plus ample connaissance.
   
C'est donc dans une très chic suite de l’hôtel Bachaumont à Paris que Miguel Smith le représentant de la marque nous a reçu, avant tout pour nous parler d'un "nouveau" produit : Le Black Barrel. Sorti en 2014 et présenté au RhumFest 2015 il n'est pas si nouveau mais une présentation en bonne et due forme semblait nécessaire. Nous y reviendrons et le dégusterons plus tard.

Mount Gay est la plus ancienne distillerie de la Barbade et même sans doute la plus ancienne distillerie de rhum au monde. Elle daterait de 1637 et le premier document officiel mentionnant une "pot-still house" date de 1703, date emblématique de la marque.

Au passage, j'ai appris que le nom de la Barbade viendrait des explorateurs Portugais qui arrivant sur l'île furent marqués par ses figuiers aux feuillages ressemblant à une barbe. Il l’appelèrent alors "Los Barbados". 

C'est aussi la première distillerie de rhum à utiliser les pot-stills servant à distiller le whisky, importés par les Anglais qui colonisèrent l'île à partir de 1625.
Mount Gay tient son nom de Sir John Gay Alleyne qui n'était pas le propriétaire de la distillerie mais celui qui porta et développa la distillerie Mount Gilboa au cours du 18è siècle. Après sa mort on lui rendit hommage en rebaptisant la distillerie à son nom. Le rhum Mount Gilboa est toujours produit à la distillerie, il s'agit d'un rhum plus confidentiel produit uniquement à partir de pot-stills.
Ce dernier fait figure d'exception dans la région qui est passée maître dans l'art de l'assemblage de rhums issus de colonne et de rhums issus de pot-stills. Cette pratique de l'assemblage est chère à Mount Gay qui souhaite conserver cette identité à l'heure où les rhums 100% pot-still retiennent de plus en plus l'attention des amateurs. Leur objectif est avant tout de produire des rhums qui soient agréables à tout le monde.
La fermentation de la mélasse se fait à l'aide de levures maison en contenants ouverts durant 46/48 heures, en résulte un "wash" entre 6 et 8% d'alcool.
La distillation se fait donc ensuite en colonne coffey en métal ainsi qu'en pot-still. Différents batches (cuvées) sont ensuite assemblés pour produire la gamme Mount Gay.

Le rhum Black Barrel, assemblage de rhums de 2 à 7 ans, présente la particularité d'être vieilli en anciens fûts de Bourbon fortement re-brûlés. En effet, les fûts de bourbon sont déjà préalablement toastés, voire carbonisés à l'intérieur avant de recevoir leur bourbon. Cela pour plusieurs raisons :
- Favoriser les échanges bois / liquide
- Développer ou inhiber selon les souhaits certains arômes
- Fournir un charbon actif qui permet de filtrer le souffre par exemple
Pour le Black Barrel, les fûts vidés de leur bourbon sont une nouvelle fois brûlés, ou plutôt carbonisés dans le cas  présent, on parle de "Heavy char". Le simple toastage du fût apporte des notes épicées (vanilline), de terre ou de bois. Ici la carbonisation apporte plus de couleur et des notes de caramel et de fumé.

Au nez ce Black Barrel est vraiment très agréable, on sent d'abord du cuir, du pain grillé, du boisé. Puis on a de la mélasse, du café. Avec un peu de temps des notes plus fruitées apparaissent, de la banane rôtie et enfin de la vanille.
 
En bouche on est plutôt sur un registre whisky / bourbon, épicé, un peu fumé, et toujours de la vanille. C'est assez court en bouche car le côté épicé saisit un instant avant de laisser une langue un peu lourde et une impression assez grasse.
Cette finale nous indique que l'on est face à un rhum détente, à servir à l'apéritif, pourquoi pas "on the rocks" ou en cocktail. Disons qu'avec son nez charmeur il promet un peu plus que ce qu'il nous offre.

La dégustation des grands classiques de la maison m'a permis de parfaire ma culture bien que la dégustation fut rapide. Voici tout de même quelques impressions :


Le nez du XO est beaucoup plus saisissant que celui du Black Barrel. Cet assemblage de rhums de 7 à 15 ans propose un nez très épicé et profond. Le boisé se mêle aux fruits secs grillés. Il y a tout de même une certaine brûlure de l'alcool qui met un peu de temps à se dissiper.
La mise en bouche est fidèle au menu, épicée, un peu fumée avec une finale très soyeuse et délicate, on s'aperçoit tout de suite qu'il y a plus de travail du temps.


Enfin le 1703, assemblage des rhums les plus vieux de la maison (10 à 30 ans) propose un nez encore plus imposant. De la vanille, un boisé poivré et une complexité vraiment au dessus de ses prédécesseurs avec cette fois ci du fruit, de la banane, des épices douces, des fruits rouges, superbe sensation de maturité.
En bouche c'est un fruité exotique qui domine et qui déroule sur une finale assez épaisse.



Enfin en partant j'ai pris une photo de ces petites bouteilles discrètes qui n'ont pas été abordées en master class, les Charred Cask et Virgin Cask, présentées par paire (375ml chacune) en coffret. J'ai trouvé peu d'informations après coup sur ce coffret, j’espère que cela fera l'objet d'une autre rencontre.








Merci à Charlotte Perdrieux (SoWine) et Miguel Smith de Mount Gay pour ce petit point culture :) Et à bientôt avec Mount Gay car la rumeur dit qu'une version brut de fût (63%) de leur XO apparaîtrait à la fin de l'année.


vendredi 8 avril 2016

Le printemps du rhum, retour sur le RhumFest 2016


Ah quelle belle journée ! La grande communion des amoureux du rhum est déjà passée et comme chaque année ce qui restera sur toutes les lèvres sera le mot "sourire". Comme chaque festival qui se respecte, que ce soit musical ou autre, c'est avant tout une fête. Et la fête du rhum est forcément colorée, bruyante et un peu embrumée. Le rhum c'est ça, une réjouissance venue des tropiques qui donne envie de se rassembler, de sourire ensemble. Alors vous allez me trouver un peu rhumantique mais honnêtement si le rhum ne me procurait pas cette joie je ne serais pas là à partager un peu de ma passion avec vous.
Bien sûr un salon est aussi un haut lieu de promotion et d'échanges pros mais il ne s'agit pas non plus du salon de la vis et du boulon (avec tout le respect que je dois au domaine de la fixation) donc les chemises à fleur, les panamas et les cocktails à ombrelle ça aide quand même à instaurer une bonne ambiance (ah bon ça ne se fait plus les ombrelles ?).

(c) Coeur de chauffe

Je salue donc les organisateurs, les équipes en renfort et les exposants pour leur sourire et leur disponibilité, malgré les quelques visiteurs un peu lourds et les questions des bloggers parfois tout aussi lourdes. Mention spéciale aux plus petits producteurs qui aiment parler de leur bébé et dont la passion est communicative.
J'avais une ébauche de plan d'attaque qui a été contrariée dès le début, cédant aux "tiens c'est quoi ça ?" je suis sorti directement de la route prévue. Merci à l'homme à la poussette que j'ai croisé en arrivant et qui m'a donné quelques tuyaux et quelques incontournables à visiter.

(c) Coeur de chauffe

Juste une petite précision, cet article se veut plutôt un récit avec des impressions de dégustation furtives.

Rum & cane (c) Coeur de chauffe
Dès l'entrée se trouvait Rum & Cane (West Indies Rum & Cane Merchants) un embouteilleur indépendant Anglais présentant un tas d'origines comme c'est de plus en plus le cas dans cette catégorie. Les rhums sont tous des single casks (provenant d'un fût unique) et donc en quantités assez limitées, autour des 300 bouteilles. Ils titrent tous à 46% et sont âgés d'au moins 8 ans.

Les origines proposées sont toutes assez classiques : Guyana, Jamaïque, Belize, Fidji, Panama, Nicaragua et attention : Philippines ! Argh le fameux rhum que l'on aime détester (et qui le mérite entendons nous bien). Eh bien pour vous chers lecteurs j'ai pris mon courage à deux mains et j'ai démarré ma journée de dégustations par cette émanation de la mystérieuse distillerie Bago.
Quel gâchis que ce Don Papa ! La matière première représentée par ce XO là est vraiment plus qu'honnête, un rhum de mélasse plutôt de type anglais, un nez avec beaucoup de raisin sec, du fruit confit (orange, on ne se refait pas, mais loin du Toplexil que l'on connait, plutôt dans le zeste légèrement amer) et puis une attaque bien épicée, les 46% sont bien réglés je trouve et la finale est bien équilibrée et légèrement cuivrée. Pour une surprise c'en est une et je suis ravi d'avoir pris le risque.

Le Guyana est venu ensuite ; il provient de la distillerie Diamond, par contre je ne sais pas de quel alambic mais je pencherais vers une bonne proportion de Port Mourant. Pour le coup ce n'est pas un grand Demerara, c'est assez alcooleux, beaucoup de banane au premier nez, ça me rappelle le "tout venant" de chez DDL comme le Plantation Guyana par exemple.
Le Belize (Travellers) quant-à lui, passé son nez doucement vanillé avec un peu de douceur de coco assez typique, se révèle très fumé en bouche dans un esprit whisky, ce serait même à s'y méprendre si le nez n'était pas aussi exotique. Plutôt agréable quand on a envie d'un rhum présent mais pas trop lourd.

C'est un versant très light de la Jamaïque qui est ensuite abordé, décevant pour ma part tant on est loin de ce que je connais de Worthy Park. Il offre vraiment peu de caractère, fruité puis caramel mou, très mou..
Mais je ne pouvais pas quitter le stand comme ça, et le Fidji fut une superbe sortie. Distillé chez South Pacific, on dirait qu'il tape sur l'épaule de son timide voisin Jamaïcain en lui disant "voila comment faut faire bonhomme !". Voila de la puissance, on décèle une longue fermentation, un côté olive / grand arôme que j'apprécie personnellement de plus en plus, et puis en bouche c'est à la fois tanné et végétal pour retrouver en finale une pointe d'olive adoucie, confite. Top !

Abuelo (c) Coeur de chauffe
Juste en face, Abuelo (Panama), qui propose à son tour trois nouveaux finish qui affichent 15 ans d'âge. Les rhums Abuelo sont en général très doux mais bien équilibrés et délicats, voyons si les associations proposées apportent quelque chose de sympa.
La première finition proposée s'est faite en fût de sherry Oloroso (vin de Xéres Espagnol). Pour moi l'intérêt de cette finition est d'arrondir ou de proposer un contraste avec un rhum un peu charpenté alors là je ne suis pas sûr que le choix soit très judicieux. Le nez a un certain charme mais il est très faible, en bouche il faut être attentif car c'est très court (il est vrai que j'étais sur le Fidji quelques minutes avant, c'est à noter tout de même). Il y a du caramel, de la mélasse, une petite amertume. J'aime autant rester sur le 7 ans qui est sans prétention et qui fait son travail.

La deuxième finition se prénomme Napoléon en référence au monde du Cognac dont quelques fûts ont été utilisés ici. Le nez est plus sec et plus rustique, on se redresse un peu. Cette fois ci cela apporte quelque chose, on a plus de fruits secs (raisin, pruneau), c'est court mais subtil, soyeux.

Enfin la finition Tawny en fût de Porto apporte le côté tannique et plus sec attendu. Même si le nez reste très classique, caramel, vanille et boisé fin, la bouche est elle bien plus fruitée et laisse une certaine persistance.

Bref, si on aime les rhums typés Amérique Latine je dirais que le Napoléon propose une évolution qui ne bousculera pas trop les habitudes, alors que le Tawny est plus ouvert à d'autres horizons.



Prochain arrêt : l'île Maurice et New Grove ! Toute la gamme est là, Freddy de la cave A'rhum aussi et il est en plein boulot avec les nouvelles finitions. Pour ma part je décide de réviser un peu et de reprendre la gamme du début, c'est à dire au blanc (nommé Plantation). Au départ le nez de ce rhum de mélasse est assez fermé mais il développe des notes très fruitées en bouche, notamment de fruits blancs et de fraise. Ensuite le trois ans (Oak aged) garde le caractère du blanc mais s'arrondit un peu, enveloppé dans un petit boisé épicé, il perd par contre en fraîcheur et donc en longueur. Il vaut mieux faire quelques impasses car déjà à ce stade le palais est loin d'être intact donc je passe sur le 5 ans que je connaissais déjà. Et là on fait un grand bond en avant avec le 8 ans qui devient pour moi la référence régulière de la marque, le nez est sublime, sur la mélasse et les fruits cuits, la bouche est bien fondue et droite, pas trop onctueuse et enfin apparaît en finale ce que j'appelle le "petit fumé New Grove" qui m'avait tant plu l'année dernière sur le Single barrel 2004.

New Grove (c) Coeur de chauffe

Le style New Grove est installé, nous sommes alors fin prêts pour les finitions, qui comme souvent vont par trois. Les Double Cask titrent tous à 47% et ont passé 7 ans en fût de chêne puis une année en fût de finition autre que chêne (sauf pour le Moscatel), ce qui est assez rare et osé !

Le premier dégusté était l'Acacia, avec un nez très doux et déjà une petite note de noyau de fruit rouge que j'apprécie particulièrement. La bouche est équilibrée, moins douce que ce que l'on pourrait attendre, dans un registre classique mélasse-boisé-fruits secs. La finale est moyennement longue.

Le Merisier est déjà beaucoup plus tannique au nez, plus rude, la bouche est plus sèche, sur un registre fumé, tout cela est assez serré avec une finale sur le noyau. Le style est assez marqué, j'ai aimé ce côté droit et saisissant, on pourrait par contre avoir envie qu'il s'étale un peu plus.

Le Moscatel (Vin blanc doux Espagnol) est le plus équilibré, la mélasse se mélange à un miel fruité, le bois vient épicer cette douceur et on retrouve ce fameux fumé très bien enrobé par des notes pâtissières. C'est pour moi le plus réussi car la typicité de New Grove représentée par le 8 ans est là, avec une proposition plus moelleuse offerte par cette finition.

Une belle gourmandise pour finir : Le Single Cask 2007 sort à 60% soit 10 bons degrés de plus que son prédécesseur de 2004. Par contre je n'ai pas noté la durée de vieillissement de celui-ci, si quelqu'un veut bien m'éclairer..
En tout cas les 60% passent tout à fait inaperçu, le nez est très doux et d'une complexité difficile à analyser en "conditions salon", au départ en bouche j'ai eu la sensation d'avoir à faire à un rhum agricole type Guadeloupe avec ces fruits rouges et ce petit goût de noyau que j'aime beaucoup (Je l'ai déjà dit ça non ?). En bouche il y a toujours du fruit cuit, mais aussi de la canne (toujours cette impression de rhum agricole), du miel d'automne et un boisé un peu humide. En revanche, et c'est le seul léger bémol, mon "petit fumé New Grove" a quasiment disparu et la persistance en bouche est plutôt vanillée.

Superbe moment passé sur ce stand tant la gamme est complète et intéressante à parcourir, leurs Single Cask sont décidément en haut du panier et les finitions sont de bonnes pistes à explorer pour les curieux, le Moscatel étant une belle réussite et le Merisier à conseiller à un amateur de whisky.


Les Bienheureux (c) Coeur de chauffe
C'est avec plaisir que je suis tombé sur Olivier de la maison Les Bienheureux dont je vous avais parlé ICI il y a quelques temps. Il dispose d'un stand qui présente la gamme au complet et je suis heureux de constater qu'une pluie de médailles des RhumFest awards s'est abattue sur leurs produits. Je me permets de reprendre la fin de l'article qui leur était consacré pour revenir sur ce pourquoi ils méritent que l'on s'y intéresse (le mec s'auto-cite carrément...) : "j'ai choisi de vous parler de cette gamme car je l'ai trouvé plus qu'honnête gustativement et je trouve que leur contrat de rapport qualité / prix est bien rempli. Voici des rhums qui ne revendiquent pas une histoire montée de toutes pièces ni des méthodes d'élaboration d'une autre planète, ils permettent de se faire plaisir ou d'offrir un produit pour lequel on paie un prix juste"
Toujours une mention spéciale pour la Cachaça Parati


Karukera (c) Coeur de chauffe



Un peu d'agricole de haut vol maintenant avec l'Intense de Karukera. Réduit lentement et longuement reposé pour atteindre les 60,3%, ce rhum se pose en concurrent sérieux de l'Esprit de Neisson, une légende en termes de rhums blancs. Le nez est superbe, une vraie bouffée de canne fraîche, en bouche on sent la fibre de la canne, c'est puissant, frais, mais sans brûlure, génial. La finale quant-à elle est grasse, riche et longue, ce qui le rend extrêmement facile. Une vraie bonne surprise.








And now ladies & gentlemen, Habitation Velier ! Il fallait s'armer de patience et de politesse pour s'approcher du stand. Politesse pour attendre son tour gentiment afin de ne pas gêner les gens en pleine découverte de ces petites bombes, et patience pour supporter ceux qui n'avaient ni l'une ni l'autre. Les exposants devaient avoir l'impression d'être dans un épisode de The Walking Dead, ça devait être assez angoissant.

Habitation Velier (c) Coeur de chauffe

Je ne vous referai pas de topo sur ces produits déjà maintes fois présentés sur d'autres sites, j'attaque directement par le Muller, l'alambic posé au sein de la distillerie Bielle sur Marie Galante par Luca Gargano et son compère Gianni Capovilla. A priori il est donc proche du PMG Blanc 56%, superbe eau de vie capturant l'essence de la canne, à part le fait qu'il compte 3 petits degrés de plus. C'est un rhum qui provient d'une seule variété de canne (Je demande une nouvelle fois l'aide des rhum-geeks car je n'ai pas noté laquelle) et qui est distillé sur Marie-Galante puis transporté en Italie chez Capovilla pour y être reposé et réduit. A la dégustation, sans surprise on est sur la canne de bout en bout mais aussi sur des agrumes et du poivre. La surprise surtout c'est qu'on est pas si proche du PMG, j'ai plutôt eu l'impression d'être plus proche du Bielle 59 classique, c'est-à-dire d'un agricole pur et dur.

Il y a un rhum que l'on cherchera à comparer ; il s'agit d'un blanc de Worthy Park en Jamaïque qui titre à 57%. Rum Nation en a sorti un identique sur le papier en 2014 et il fait déjà partie des incontournables. Ces rhums de Jamaïque sont hyper expressifs, très chargés en arômes, avec des notes caractéristiques de vernis / colle et de fruits très murs. Quand ils sont bien faits ils offrent une douceur en bouche aussi surprenante que le nez peut être violent, ce sont de véritables bombes. Eh bien nous sommes servis avec ce Forsyths blanc qui apporte en plus du côté typique attendu un aspect beaucoup plus terrien, sur le champignon, ça sent la très grosse fermentation et qu'est-ce que ça fait plaisir !

Une version vieillie de 2005 du même alambic était également présente, elle compte 10 années de vieillissement et 57,8%. Un rhum de Pot-Still Jamaïcain (alambic utilisé pour le whisky) ayant vieilli pendant 10 ans sous les tropiques dans son pays d'origine ça ne court pas les rues, on peut s'attendre à un gros travail du vieillissement. C'est un rhum épais qui en résulte, pas agressif pour un sou, le nez est apprivoisé mais toujours typique avec cette banane cette fois ci mijotée, compotée, que l'on se retrouve à mâcher en bouche, c'est vraiment dense et "plein". Enfin j'ai particulièrement aimé ce boisé humide, un peu pourri (miam miam), sûrement le résultat du vieillissement d'un produit longuement fermenté auparavant, que l'on retrouve dans les Rhum Rhum Libération et qui a définitivement achevé de me conquérir.

Enfin le Foursquare 100% Pot-Still Brut de fût (non réduit) de 2013 vieilli en fût de Cognac a été le plus surprenant. C'est la colonne vertébrale des assemblages de la Barbade, habituellement composés de rhums de Pot-Still et de rhums de colonne. Il n'a subi que 2 ans de vieillissement et il est déjà extrêmement riche, les 64% ne provoquent aucune brûlure, c'est impressionnant. On comprend alors l'importance de ce type de distillat, la structure, la complexité et la puissance qu'il apporte. On peut construire de magnifiques rhums à partir de cette base, quelques gouttes peuvent orienter le caractère d'un assemblage et influer sur sa manière de se comporter dans le temps. Alors quand on a la chance de déguster ce petit trésor tel quel on se dit qu'on a très envie de voir la suite ! Foursquare va nous régaler prochainement avec d'autres bruts de fûts, un single blended de 8 ans de 2004 et un 10 ans de 2006 avec Velier.
D'autres distilleries leur emboîteront sûrement le pas, il se murmure déjà que Mount Gay devrait elle aussi sortir une version brut de fût (63%) de son XO à la fin de l'année...

Reimonenq (c) Coeur de chauffe



Tant qu'à être dans le grandiose, petit détour par Reimonenq pour la gourmandise, les bouteilles ont changé mais le contenu reste identique, le 7 ans remplace le 6 ans "réserve spéciale", pas de changement notable, la magie est toujours là, toujours ce boisé unique qui divise parfois mais que j'adore.





Du nouveau également au niveau des embouteillages de Ferroni, mon coup de cœur de l'année dernière. Le Fresh Cane, blanc agricole de l’Île Maurice tout en rondeur malgré ses 56%, subit un petit lifting et se nomme désormais La Dame Jeanne, la maison ayant voulu rappeler sa méthode de repos, à Marseille, dans des dames jeanne ouvertes.

Guillaume Ferroni (c) Coeur de chauffe

Le classico Paris-Marseille existe aussi dans le monde du rhum Français, même si ici on préférera parler de tandem plutôt que de confrontation, puisque désormais on distille aussi à Marseille ! Guillaume Ferroni propose donc Guildive 1800, un rhum de mélasse élaboré comme au 19ème siècle, avec d'anciens alambics d'époque, réutilisation des bas vins de la distillation précédente qui viennent enrichir le nouveau distillat, coeur de chauffe très réduit et donc tout petits rendements. On peut dire que c'est très réussi, on est dans la famille des Clairins ou autres eaux de vie de canne, avec un côté champignon, terrien, et aussi olive verte, une puissance qui s’estompe très vite mais qui laisse place à une très grande longueur aromatique. Un vieillissement est déjà en cours, ça risque d'être superbe.





Cela fait déjà énormément de rhums dégustés donc veuillez me pardonner si la suite est un peu moins fournie. Vous pouvez éventuellement vous réjouir également parce que cet article commence vraiment à être long, d'ailleurs je vous remercie d'être encore là.

Heureusement, les bruts de fûts savent s'imposer même sur un palais très entamé, et Ekte (nouvel embouteilleur Danois) est tombé juste au bon moment. Je passe sur les blends (assemblages) qui ne m'ont pas trop emballé, à part le Pungent & Geeky, style Jamaïcain assez sympa mais un peu alcooleux.
Ekte (c) Coeur de chauffe

Les Single Cask étaient déjà beaucoup plus alléchants, comme par exemple ce Panama de 11 ans (63,1%) pour lequel le choix du brut de fût est à la fois évident et génial car on a juste un rhum qui sent le rhum et qui a goût de rhum, ni plus ni moins, et ça fait vraiment du bien. Le Nicaragua 15 ans (68,6%) quant-lui est vraiment trop fort et sec à mon goût et devient piquant, pas franchement agréable.


Figure imposée des embouteilleurs indépendants, un petit Guyana ! Il s'agit d'un Uitvlugt de 17 ans (62,8%) que j'ai trouvé un peu léger de corps, mais je n'ai pas eu assez de temps pour le déguster correctement. A suivre la Jamaïque avec un Monymusk 12 ans (60%) et un Long Pond 15 ans (61,4%). J'ai trouvé le Monymusk très bonbon, banane / cannelle avec un peu de fruits rouges acidulés et une pointe métallique, assez gourmand. J'ai beaucoup apprécié le Long Pond car il propose une palette très large avec une succession d'arômes avec laquelle on se laisse surprendre et porter. Un nez de résine un peu médicinal, du grand arôme (olive, banane), un peu de brûlure tout de même, de l'hydrocarbure mélangé à l'olive, et une persistance de pâte d'amande, un vrai tour de grand huit ! Enfin un Uitvlugt de 23 ans (57,7%) fermait la marche avec un profil extrêmement fruité, pas forcément très lourd mais tout l'étal du primeur y passe avec une base de mélasse riche. Je pense qu'il provient de l'alambic Versailles car on m'a confirmé qu'il vient d'un Pot Still et je n'ai pas retrouvé les caractéristiques "poudrées" du Port Mourant.
Encore une bien belle gamme proposée par ce nouveau venu, je vous souhaite tout particulièrement  de pouvoir goûter le Long Pond 15 lorsqu'il arrivera en France.

Une bouteille attisait ma curiosité depuis un moment : le fameux Tricorne de la Compagnie des Indes. Déjà parce que je trouvais la bouteille et le concept assez classes (désolé je n'ai pas pu prendre de photo, le stand était constamment pris d'assault !). C'est un rhum blanc composé de rhum pur jus, rhum de mélasse et batavia arrack une eau de vie distillée sur l'île de Java dans de petits alambics à partir de jus de canne et de riz fermentés (rien à voir avec l'arak "oriental"). Tout un programme même si j'ai été un peu déçu car le profil général qui en ressort est assez classique finalement, plutôt blanc de mélasse assez doux et vanillé, je m'attendais à quelque chose de plus original. 

Foursquare (c) Coeur de chauffe
Pour finir, en vrac, quelques rhums auxquels je n'ai pas pu résister sur mon chemin vers la sortie. Le Doorly's 12 ans excellent avec une finale fraîche et fruitée, le Sixty Six typé bourbon, boisé et sec, le Zinfandel finish Foursquare très équilibré, la Barbade avec un supplément de fruit (Le Zinfandel est un cépage que l'on trouve dans les vins Californiens), le Foursquare 2004 brut de fût sublime l'art de l'équilibre de la Barbade avec une grande intensité. 






Le belge Shack Rum est un assemblage de rhums de 5 ans de Trinidad, Barbade et Guatemala au nez plutôt "espagnol" et plus "anglais" en bouche avec une déclinaison en spiced. 

Shack Rum (c) Coeur de chauffe

Depaz 45 (c) Coeur de chauffe
Et enfin deux rhums que j'aurais dû goûter plus tôt dans la journée : Le Depaz 45 qui évince le 55 du catalogue (en métropole ?) en gardant sa typicité poivrée mais en étant tout de même plus gras, sur le jus de canne, et moins minéral. Une belle réussite même si selon moi les deux devraient tout à fait cohabiter.

Depaz 2002 (c) Coeur de chauffe
Et puis le 2002 ! Quelle merveille, j'avoue m'ennuyer de temps en temps avec l'agricole qui parfois tourne un peu en rond, celui ci est une dentelle riche de banane, de jus de canne, de fraîcheur, de boisé, il me fait penser aux HSE Small Cask en plus pêchu, les fans de la montagne pelée vont se régaler !






J'allais quitter les lieux quand Cyrille Hugon me dit que le Mana'o, rhum pur jus Bio de Tahiti va être mis en dégustation, eh bien ç'aura été une belle sortie car ce rhum qui est déjà un super agricole en soi, envoie en finale une sorte de réglisse mentholée qui m'a complètement pris de court et que j'ai trouvé assez extraordinaire.

(c) Coeur de chauffe

Moi qui pensais faire une visite plutôt rapide, c'est complètement raté et je ne vais surtout pas m'en plaindre ! Et là où j'aurais dû dire "vivement l'année prochaine" je vais plutôt dire "à très vite" car cette année 2016 verra l'éclosion du RhumFest Marseille les 6 et 7 Novembre au Palais des Arts du Parc Chanot. Une occasion de choper un dernier coup de soleil avant l'hiver !